Il a arpenté l’Asie pendant six mois. Chine, Thaïlande, Mongolie, Vietnam, Malaisie...
Noctambule attiré par les mégalopoles, les lieux névralgiques, les boîtes futuristes, les
endroits sordides, il a d’abord « shooté » les villes la nuit. Mais pas en pleine agitation.
Cherchant plutôt l’accalmie entre deux moments d’effervescence, les points morts d’une
fureur urbaine qui s’est endormie et ne s’est pas encore levée. Entre 4 h et 6 h du matin.
Pour saisir les vides et mieux faire ressortir un sentiment de solitude malgré la densité des populations. Il a ensuite traversé un passage à blanc où l’image est un vide saturé de
brume et de neige, un écran de fumée. Puis a ouvert en 2006 sans l’avoir encore refermée,
la série Out of nowhere dont sont issues ces trois photographies. Plus de nuit, mais un
jour vif et des couleurs piquées. Toujours du vide, et de l’épure graphique. Des paysages, des lignes et pas d’humains. Des jeux d’ambiance. Des photos sans contexte laisséesà l’imaginaire. Un calme et un ordre trop beaux pour ne pas être inquiétants. La scène en
devient irréelle et étrange. C’est « un potentiel théâtre du crime » dit-il. Un interstice d’où pourrait surgir la pulsion. Peut-être pour contrarier le fait qu’il prémédite ses clichés et ne
se voit pas comme photographe de l’instant. Cette série est tirée sur du tissu polyester selon
un mode d’impression appelé « sublimation ». Décorateur de métier, créant surtout dans le
domaine de l’installation avant d’en venir à la photo, il a découvert ce procédé d’impression
en travaillant sur la scénographie des meetings de Ségolène Royal pendant sa campagne
présidentielle. Art et politique, qui s’imprime sur qui ? |
He travelled all over Asia for six months. China, Thailand, Vietnam, Malaysia... This night owl’s
attraction to the megapolis, nerve centres, futuristic clubs and seamy joints, first led him to « shoot » the cities by night. But not their hustle and bustle. Looking for the lull between
two periods of effervescence, the reprieve from urban frenzy when the city is still asleep and
before it awakes. Between 4 am and 6 am. To capture the emptiness and bring out a sense
of solitude despite the population density. He then went through a phase when he was at a
blank and the image became a void, saturated with mist and snow, a smoke-screen. Then,
in 2006, he opened the series Out of nowhere even if he had never really closed it. These
three photographs are part of that series. No more night shots, but bright daylight and foxed
colours. The void is still there, as is the graphic refinement. Landscapes, lines, no humans. A play on atmospheres. Photos devoid of context, left up to the imagination. A calm and order
that are too perfect not to be disturbing. The scene thus becomes unreal and strange. In
the artist’s words, « It is potentially a stage for crime ». A gap through which an impulsion
may emerge. Maybe to counteract the fact that he meditates on his pictures in advance, and
does not consider himself a photographer of the present moment. This series is printed on
polyester fabric using a method called « sublimation ». Trained as a decorator, he worked
primarily on installation pieces before taking up photography and discovered this printing
process when working on the scenography for Ségolène Royal’s rallies during her presidential
campaign. Art and politics, whose imprint is left upon whom ? |