Jihane El Meddeb envisage l’art contemporain comme une invitation, un réseau où l’on mixe les ingrédients et les formes. « J’ai rencontré tout un monde qui s’appelle la poésie ». Le cipM [Centre International de Poésie Marseille] l’invite à lire ses textes, l’occasion de croiser son travail avec celui d’Arno Calleja, de Sarah Keryna et Dorothée Volut. Elle réalise, par ailleurs, des saynètes en vidéo sur la mère, la famille, l’enfance, des positions de femmes à différents âges où elle se filme seule face à l’objectif. Il est question de mini-fictions, d‘articulation des mots, mais aussi d’une attitude. Arrêtons-nous sur le texte « Golf ». Comment la pensée anecdotique trouve une histoire sans en être une ? : « Le savez-vous par exemple des chercheurs japonais ont dressé des pigeons à distinguer des toiles de Picasso et des impressionnistes... ça pousse de plus en plus loin c’est pas des blagues c’est étudier la vie ». La ponctuation est absente, pas de virgule, pas de point-virgule. La respiration peut donc se poser librement, là où ça lui chante. L’intention court le long des phrases, aujourd’hui ça signifie telle chose, mais demain dans une autre intonation, ça peut signifier tout autre chose. « C’est un moment à partager. Comment on transperce, comment on touche, on frotte. C’est souvent des boucles ». Une poésie qui court sur des jeux d’association entre une définition moléculaire et des vacances en Chine, entre la fin d’une phrase et le début d’une autre ; un ordre et un désordre du discours. On parle souvent d’écriture automatique pour l’assemblage aléatoire de deux phrases. Dans l’écriture de Jihane El Meddeb, l’aléatoire est ordonné par des retours à la ligne, des répétitions qui accentuent une sensation, une fixation : « Merde j’ai un trou concernant des détails ». La poésie c’est une occasion de se regarder, de face et de côté, de rire de nos manies et de nos incohérences, une forme de thérapie.
Texte Karim Grandi |