« Le naufrage » est un projet monumental, une fiction où l’architecture rencontre la sculpture. Marie Grégoire aime confronter son corps et sa technique à une échelle donnée. Elle attend, elle se place dans l’urgence, puis dans une période très courte, une dizaine de jours, elle s’attaque à l’inattaquable ; quelque chose qui la fait sortir d’elle-même, qui l’épuise et l’amène au bout de ses ressources. Dans « Le naufrage », il y a l’archétype de la construction et de la déconstruction, une relation spatiale se met en place. C’est une hyper-structure qui sort de l’eau ou inversement, à la limite de ce que l’on peut identifier. Il y a aussi une recherche sur les techniques de l’architecture navale [le background]. Le naufrage a la simplicité formelle d’une maquette, le style est épuré, il ne reste que cette idée de la masse qui se tord, se disloque. Il y a toute une histoire du naufrage industriel : l’Amoco Cadiz et l’Erika [pour la France], mais chaque portion de littoral connaît son naufrage, un bâtiment qui se plie est un drame connu de tous, c’est une image écran, une image inconsciente qui se rattache à un sentiment plus ou moins marqué. Face à la technologie du numérique et de l’image média, l’utilisation du bois et du métal sur un sujet d’actualité crée un sentiment étrange. On est placé dans un système édifiant, une sublimation, une image totem. « Le naufrage » joue le jeu du théâtre, de la scénographie, de l’endroit qu’on investit. On tourne autour, on passe dessous, on joue l’enfant, parce que son échelle est irréelle, parce que sa forme est un symbole, une image qui appartient au répertoire.
Texte Karim Grandi |