
Gueule de chimpe bleue
[acrylique sur toile, 200x200cm, 2006] |
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Quel écart entre l’abstraction et la figuration ? La série « Primates » est née d’une observation en Vendée dans « La vallée des singes ». Le singe en liberté c'est un festival, si on lui supprime son décor, c’est une attitude, une pause, le début d'une étude. Ici, le motif [la silhouette] prend l’apparence d'une tâche ; les membres jouent sur le fond blanc et la masse vient se cogner contre les bords. La lumière n’est pas tant sur le sujet : les oreilles, le museau, que sur le support. La surface blanche mange le sujet et inversement. La toile se fond sur le mur, elle dégage le corps et l’expose dans l’entièreté de l’espace, la couleur vibre dans sa relation au vide. Ce n’est pas un singe dans une nature ou un zoo, c’est une couleur qui joue aux similitudes, qui s’égare entre le figuratif et l’ampleur de sa surface. En regardant de près, on découvre la vitesse du pinceau, la largeur de la touche, l’épaisseur du medium ; une peinture énergique et ample qui nous domine, nous englobe. Loin de l’idée du cadre et de l’oeuvre que l’on pose sur le mur de son salon, le travail de Fanny Mesnard s’adresse clairement à l’espace musée, à la commande, au jeu de la foule qui croise l’animal. La peinture est-elle un spectacle, un théâtre ? Il y a l’idée d’une attitude, d’une chorégraphie sur la toile et en dehors. Une ambiguïté entre l'enfermement supposé de l'animal [une capture] et la diffusion de sa couleur. On connaît le gorille tout en noir, qu’en est-il lorsqu’on l’aperçoit tout bleu ? La couleur et le format jouent le jeu de l’hallucination, on se rapproche et l’on s’éloigne, on regarde ailleurs, puis on y revient, parce que la tâche est un piège à lumière, ce qui capte le regard, l’essence de la peinture.
Texte Karim Grandi |