SARAH KÉRYNA — LITTÉRATURE
 
Le travail d'écriture de Sarah Kéryna s'inscrit dans un processus qui se donne à lire et aussi à entendre. Pièce musicale, lectures publiques, lecture-mise-en-espace, textes pour le théâtre, animation d'ateliers d'écriture..., Sarah Kéryna apprécie la confrontation avec l'autre : c'est un travail en mouvement, qui peut épouser des formes diverses selon les sollicitations externes. Son nouvel opus, Transits est un texte cartographique, où la parole déambulatoire d'un individu (Elle) fait écho à la rumeur du monde entre deux villes, Paris et Marseille. Ce texte a pris corps devant un atlas ouvert : la vision du surpeuplement des mégalopoles a servi de point de départ à une litanie incantatoire. Il y a, en filigrane de Transits, des constatations « géo-politiques » : déplacements de populations, territoires, énergies premières, frontières, flux et reflux.
Il y est question d'errances, de départs.
Pas le temps de se poser dans un lieu, de l'habiter ; juste des périgrinations, des rues, des retours, des refrains : noms de villes, prénoms, échos de conversations, répétitions de situations à peine esquissées, bribes d'actualités. Un texte qui progresse par élans, aéré, traversé par les mouettes, le mistral, les toits, toujours ouvert, où le rythme occupe une place de premier plan. Sarah Kéryna s'interroge sur le corps et son rapport à l'espace, sur le fait quotidien, tout à la fois cadre et révélateur. Car c'est aussi sa propre cartographie, celle de son univers intime, que l'auteur ausculte et retranscrit.

 

"TRANSITS" (extrait)

A New-York, 8 millions d'habitants.
A Paris, 5 Millions.
A londres, 7 .
A Buenos Aires, 13.
Au Caire, 12.
A Mexico, 22.

MARSEILLE:
Ils sont assis l'un en face de l'autre.
Ils boivent des bières.
Il la prend en photo.
Elle dit:
"On est déjà le premier Juillet".
Il répond:
"Dans trois mois, c'est l'automne!"
Plus tard,
Face au Palais,
Sur le trottoir, il l'embrasse.
Chez elle,
Devant la fenêtre,
Il la déshabille.
Dehors,
Le cri des goélands.
Il demande:
"Qu'est-ce qu'on entend?"

Le lendemain, il prend encore des photos d'elle.
Il prend son train pour rentrer à Paris.

PARIS:
Ils sont sur les toits,
Ils regardent la ville.
Un homme, surgi d'un vasistas,
s'avance et se penche vers la cour.
Dans les rues,
Elle se perd,
se trompe de direction.
Elle boit.
Il crache par terre.
Il porte un blouson noir.
Il conduit vite.
Il regarde le foot.
Ils marchent dans le cimetiére Montmartre,
sous la pluie.
Il lui dit:"oublie".

Dans le train, au retour un homme dit:
"Je vais embrasser le sol de Marseille."

MARSEILLE:Dimanche. Calme journée. Toujours du vent.
La neige au Brésil, les incendies en Gréce,
les tempêtes au Canada. L'été n'existe pas.
C'est Avril qui recommence ou Octobre qui s'avance.
J'ai rêvé cette nuit que d'énormes poissons carnivores
avaient dévasté l'humanité entière.Un avion s'est écrasé sur un immeuble, 113 morts.
Sa voix au téléphone m'a semblée étrange.
Et rien ne restituait son visage.

Pourquoi je bois vite?
Pour en finir et rentrer.J'ai trouvé "les Hauts de Hurlevent", dans une poubelle,
en version originale.
Je dors de sommeils de plomb insondables.Et Gérard Denoyan est mort.
Et Claude Sautet est mort.

Avant-hier, en me réveillant, j'ai réalisé que je ne savais
pas mes tables de multiplication.
Je me suis mise en tête de les apprendre.
Mais impossible.J'ai trouvé une robe rose et bleue.
Je porte des barrettes assorties et des bracelets
bleu turquoise et rose vif. J'ai été suivie par un travesti exhibitionniste.

J'ai failli me noyer.

 
Née le 29/12/1972 à Aurillac  
Théâtre
Formation de comédienne études de théâtre à la faculté des lettres d'Aix-en-Provence. Participation à des spectacles de François-Michel Pesenti, Agnès del Amo, Danièle Bré, Claude Esnault, Franck Dimech, Hubert Colas.
Littérature
Auteur de textes publiés dans les revues Nioques, If, Fidel Anthelme X. Auteur associée à des projets de théâtre: « Comme des araignées mortes écrasées au fond des assiettes », monologue pour une actrice, Les Informelles
1998
, « Techkov’s traffic »
2001,
mise-en-scène Franck Dimech Lectures publiques (C.I.P.M, La Machine à Coudre...)
Lecture- mise en espace de « A cause des voisins », à l'occasion de « Lire en fête » à la Minoterie (avec la compagnie Kartoffeln)
1999
Des détours par la traduction (Lorine Niedecker in « Action poétique », 2001), séminaires de traduction collective, CIPM
2002 Obtention de la Bourse « Découverte » du Centre National du Livre (CNL) en théâtre 2003 Rédidence d'auteur à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon- Centre national des écritures du spectacle « On a toujours été séparés », mise-en-scène Jean-Paul Queinnec