ARNAUD CALLEJA — LITTÉRATURE
Arno Calleja se laisse envahir par les mots, leur force souterraine, leurs combinaisons illimitées. Une jubilation discrète l’habite, qui trouve un écho retentissant dans son écriture foisonnante, au rythme intrépide.
La langue que j’écris nécessite l’engagement oral qu’est la lecture pour que la langue se montre telle qu’elle est souligne le jeune auteur à propos de ses nombreuses lectures publiques. Des moments très particuliers qu’il confie parfois à un comédien, lui donnant ainsi l’occasion de prendre en charge pleinement ses mots. Et d’ajouter : Je ne fais pas de poésie ni de récit, je fais de la langue comme d’autres font de la danse. Il n’est qu’à lire ou écouter des textes comme Autonome vivance ou Jectiles pour s’en persuader. Simplement, la lecture publique est un lien fort avec l’auditeur, « un moment de langue » précieux : c’est comme une dramatisation du fait de parler, comme si l’on passait à un degré d’intensité supérieur de la parole. Pas question pour autant d’écrire des pièces de théâtre, la langue d’Arno Calleja ne se situe ni dans un enjeu dramaturgique ni dans celui de la poésie sonore. Ses textes sont vraiment ancrés dans le sens de la langue française..
 
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, je parle pas, j’écoute, je parle pas j’écoute,
je parle pas, j’écoute, j’écoute ce qui parle en moi, hors moi j’écoute ce qui parle en moi, je parle pas j’écoute, quand je parle en fait j’écoute, je suis là et j’ écoute, je suis là où je suis écouté, et je comprends pas ce que je dis, je comprends pas ce que j’écoute, je suis là où j’écoute, le reste je ne suis pas, j’écoute et ne parle pas, j’écoute ce qui parle en moi, j’écoute la matière mouvante par quoi je suis parlé, et parlé mouvant je m’écoute parler, et je deviens parlant je m’écoute, et je deviens personne je m’écoute, et je deviens personne, et devenir personne c’est s’écouter parler, écouter la parole en soi c’est devenir rien, c’est tout perdre et c’est tout voir, voir d’écouter, le son de parole, le bruit de bête de la parole, la musique de hargne des parlures, la musique sexuelle du souffle, la musique sexuelle des sacs et ressacs de salive, la pulse de parole qui fait un corps, le corps humain qui tient aux mots, le corps humain qui tient aux mots qui le scandent, le corps humain qui tient aux mots qui le scandent à mort, qui le tiennent vivant, qui le tiennent mouvant, qui le collent aimant au sol du dedans, au sol de bouche, le sol de bouche où vivent vivant les mots pulsés d’une gorge soufflant, le sol de bouche où vivent vivant les mots pulsés d’une gorge soufflant la hargne de musique qui donne un corps, la musique de hargne qui fait vivant un corps sonnant, un corps vibrant à la pulse d’une lame de chair la langue qui vit de lui, la parole puisant du corps la matière qui la lance, le corps qui hante la parole qui chante, la parole qui chante c’est le corps que je suis, c’est le corps de personne, je le suis, je le piste, je l’entends, je le suis à la voix, je le piste au boucan, en moi il est là bas je vais, c’est en moi et ça me parle, si ça me chante je le parle, j’ouvre et je parle, je comprends pas ce que je suis, je comprends pas ce que je dis, mais je comprends ce que je parle, presque sans être je parle et je comprends que sans être on peut suivre la pulse vive qui se prend en moi, s’englue en nous, nous inonde d’elle, et vit de nous, on vit pas on coule, on coule pris dans la matière-à-mots qui bout en nous, qui bout en nous et se dessèche, se dessèche, se déprend, revient en nous et nous tient, revient en nous et vit de nous, à jamais vit de nous, à jamais nous vit, à jamais nous trimbale, nous aliène, nous détient, nous vautre dans les zones, nous vautre dans les zones où s’échangent les matières-à-mots/matières-à-gestes, inversion des puissances dans le même corps persistant, la matière-à-mots puise dans la gicle d’une bouche qui geste sa danse, qui geste sa danse à chant d’une bouche ma bouche dans un corps le mien, mon corps de personne, mon corps de personne pris violent par la pulse, pulse folle, pulse lente, pulse immense la pulse qui échange sa matière avec les miennes, sa matière de souffle qui tient sur les équerres de ma mâchoire, sur les équerres de ma mâchoire qui scande son chant qui vide sa matière dans la vie d’une bouche, sac et ressac de souffle, trajet de la salive sous le tourbillon de la voix, trajet de la salive sous le tourbillon de la voix qui se décolle en parlure sur les sacs et ressacs de souffle, trajet de la salive sous le tourbillon de la voix qui s’englue en mutisme dans les sacs et ressacs de souffle, trajet de la salive dans mon corps de personne, mon corps qui danse sa pulse folle, pulse fluide, pulse lente, pulse immense, en moi le trajet de la salive inonde la pulse fluide la liquéfie, inonde la pulse fluide la rend plus fluide encore, plus fluide encore le trajet de la salive sous le tourbillon de la voix, plus fluide plus lent plus immense le trajet de la salive sous le tourbillon de la voix, sous ma maison en pilotis sur vos tibias, sous ma maison en pilotis de vos tibias le trajet de la salive suit son cours et entraîne ma voix loin de moi, sous ma maison en pilotis sur vos tibias l’immense salive la salive immense avance et pousse le corps de voix dont je suis la barque, pousse la barque que je suis loin de moi, j’avance en barque sous ma maison en pilotis de vos tibias, j’avance hors du langage, j’avance en barque hors ma maison en pilotis sur vos tibias, j’avance poussé du foutre de voix inondant l’espace où j’avance, où avance et persévère ma voix, ma voix va elle va loin de moi, et je vois loin de moi ma voix, loin de moi je vois ma voix qui va, qui va sans moi, vive voix qui vit de soi, je vois loin de moi ma voix et un foutre de voix m’inonde et me boit, un foutre de voix me boit et me parle, moi parlé d’un foutre de voix, moi parlé d’un foutre de voix qui loin de moi me boit, moi vieil éjacula sans bras d’un foutre de voix qui m’accepte, qui m’accepte et me boit, un foutre de voix m’inonde et me boit, une salive de voix m’engicle et m’inonde, une salive de voix m’engicle et m’inonde, m’enfoutre et me prend, m’enfoutre et me boit une salive de voix, j’en bois une gorgée de joie, une salive de voix m’enfoutre et m’engicle, je bois la gorgée de voix, j’ouvre et j’en bois une gorgée de joie, une salive de voix m’enfoutre et m’engicle, je bois la gorgée de voix, j’ouvre et j’en bois une gorgée de joie, une salive de voix m’enfoutre et m’inonde, je la bois, je bois la voix, je bois la voix qui s’éloigne de moi, loin devant moi chemine la voix, loin chemine sans moi, loin de moi vit la voix, loin chemine sans moi, loin de moi vit la voix, hors de moi elle parle, elle parle et j’entends, le son de parole, elle parle et je l’écoute, en moi parle la voix, en moi elle est et en moi elle n’est pas, ça dépend de quand et ça dépend du vent, en moi parle la voix, c’est pas elle qui parle c’est le vent, elle est en moi et n’y est pas c’est selon ça dépend, quand je parle en fait je l’entends, quand je parle en fait je l’écoute, je comprends pas ce qu’elle dit, je comprends pas ce que j’écoute,
je suis là et je vis.
 
Né le 21/06/1975 à Marseille

1998
Licence de philosophie
2000/2002
Lectures publiques
Plein nerf, Chacun sera gesteur de sept huitième de son tourbillon à La Compagnie, Marseille Dans ma maison en pilotis sur vos tibias, galerie Bernard Branger, MarseilleJectiles, librairie L’Odeur du temps, Marseille Autonome vivance, atelier-création Henri Penderie, Marseille
2003
Résidence et lectures à Montévidéo, Marseille Publications Autonome vivance aux éditions Henri Penderie Jectiles, revue If Dans, Merci d’accélérer, Tout le monomonde monologue aux éditions Précipitées, Artignosc-sur-Verdon